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Message publié le 02/15/2010 à 14:38:44
Audition de Christine Ockrent et Alain De Pouzilhac


Audition, ouverte à la presse, de M. Alain de Pouzilhac, président-directeur général de la société en charge de l’audiovisuel extérieur de la France, et de Mme Christine Ockrent, directrice générale déléguée, sur la mise en œuvre de la réforme de l’audiovisuel extérieur de la France

Commission des affaires culturelles et de l’éducation

Mercredi 10 février 2010

M. Hervé Féron. Je m’associe aux propos tenus par Patrick Bloche. L’échange de ce matin contribuera aux réflexions des membres de la mission d’évaluation et de contrôle sur l’enseignement français à l’étranger, dont je suis co-rapporteur. À l’instar de ce que font d’autres chaînes étrangères comme la BBC, ne serait-il pas souhaitable de développer des politiques communes avec des objectifs communs et des stratégies partagées entre France 24 et les alliances françaises, les centres culturels français, l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger ou d’autres organismes contribuant à la diffusion de la culture française et au rayonnement du français à l’étranger ? Au-delà, il convient de s’interroger à nouveau sur le concept de francophonie et la politique visant à favoriser le rayonnement culturel de la France à l’étranger.

M. Alain de Pouzilhac. Les mesures d’audience émanent du GEDA ne sont pas « miraculeuses », elles sont fiables et incontestables. Elles résultent des statistiques établies par divers organismes comme Africascope, EMS, ou TNS SOFRES dans 34 pays. Les budgets d’études d’audience sont d’ailleurs mis en commun avec d’autres télévisions comme la BBC, la Deutsche Welle ou Voice of America. Elles correspondent à la réalité, que les audiences ressortent en hausse ou qu’elles soient stables ou même à la baisse, comme c’est aujourd’hui le cas, puisqu’elles sont passées pour RFI de 44 millions, il y a cinq ou six ans, à 35 millions, aujourd’hui. Je suis surpris que l’on puisse penser un instant que nous « bidonnons » les audiences. Ce serait criminel.

Notre rôle est d’accroître l’influence de la France dans le monde. Pour cela, il faut regarder les maux et ne pas faire semblant. Nous avons un combat d’influence à mener contre les opérateurs audiovisuels concurrents anglo-saxons, arabes ou asiatiques pour défendre notre culture, nos valeurs et notre vision du monde. Il faut donner au plus grand nombre de personnes dans le monde accès à notre culture. Nous nous battons pour notre pays.

Il n’y a pas de fatalité à la diminution de l’audience. Nous avons mené des études pour analyser les résultats des différentes émissions et mettre en place les actions correctives nécessaires pour combler cette déperdition d’audience. Il n’y a aucune gloire à constater que la totalité des langues développées à RFI faisaient moins d’audience que Monte-Carlo Doualiya en langue arabe dont l’audience est passée de 10 millions à 5 millions. Afin de faire face à la concurrence de nouveaux médias locaux dans sa zone de diffusion, il convient de développer notre langue mais aussi, afin de diffuser nos valeurs, les émissions en arabe et en langues véhiculaires, comme le swahili ou le haoussa, que développent nos concurrents en Afrique francophone.

À titre personnel, si j’ai accepté cette mission à la tête de l’audiovisuel extérieur de la France, c’est pour contribuer au développement du rayonnement de la France à l’étranger. Passant 80 % de mon temps à l’étranger, je m’étais en effet rendu compte que la présence médiatique de la France à l’étranger était de plus en plus faible. Le salaire qui m’est attribué me paraît correspondre à la charge de travail qui est la mienne, à la mission qui m’a été confiée et à laquelle je me consacre totalement. Je n’ai donc pas le sentiment de voler mon argent. Cette rémunération correspond d’ailleurs à ce qui est attribué dans l’audiovisuel public pour des fonctions équivalentes.

Mme Christine Ockrent. S’agissant de la distribution de France 24, il faut rappeler que TV5 a 25 ans, Euronews a 15 ans, BBC International a été créée il y a 50 ans, CNN, il y a 25 ans, la Deustche Welle, il y a 20 ans, et Eljazeera, il y a 5 ou 6 ans. Pour sa part, France 24 a été créée il y a seulement 3 ans. Nos concurrents sont donc installés dans le paysage depuis plus longtemps et disposent de plus de moyens.

Je rappelle que la distribution dans les hôtels des chaînes de télévision, et notamment de celles que nous devons promouvoir, dépend des contrats commerciaux qui sont négociés avec les opérateurs de satellite et les câblo-opérateurs qui participent à la chaîne de la diffusion. La France peut être ainsi mise en concurrence par exemple dans certains pays arabes avec des chaînes arabes qui disposent de moyens très importants. Sans l’argent pour payer ces opérateurs, on n’existe pas. C’est une des raisons pour lesquelles la France doit disposer de moyens suffisamment importants pour affirmer sa présence et la diffusion de ses chaînes dans les hôtels. Sur ce plan, il y a d’ailleurs lieu de souligner que la signature d’accords avec les chaînes d’hôtel n’est pas suffisante. Il faut également s’assurer de l’accord des câblo-opérateurs locaux. Des difficultés ont été rencontrées sur ce point dans certaines capitales européennes, comme par exemple à Berlin. Tout est donc une question de moyens financiers.

Le développement de France 24 ne fait pas une concurrence directe à TV5 Monde, puisque cette dernière, à la différence de France 24 qui est une chaîne d’information en continu, est une chaîne généraliste. Les deux chaînes n’ont donc pas les mêmes missions. En outre TV5 Monde est une chaîne qui associe plusieurs pays. L’évolution de ses sept principaux programmes dépend donc d’accords à passer avec les différents partenaires. On peut d’ailleurs saluer, à nouveau, le rôle déterminant qu’a joué Serge Adda pour implanter et développer TV5 Monde. Mais ces partenaires n’ont pas forcément intérêt à voir se développer la concurrence de TV5 Monde sur leurs propres bassins d’audience. C’est pourquoi lorsque l’on critique les programmes de TV5 Monde, il faut avoir à l’esprit que cette chaîne est elle-même en concurrence avec certains de ses actionnaires. Cela pourrait par exemple expliquer le fait que TV5 Monde n’obtient que 2 % d’audience au Québec.

Dernier point, l’Europe. Sur RFI et France 24, nous diffusons davantage d’émissions sur l’Europe que toutes les chaînes françaises réunies. Ce n’est d’ailleurs pas difficile… Sur cette thématique également, la complémentarité des médias joue à plein. D’ailleurs, RFI est une radio très compétitive de ce point de vue puisque nous avons réussi à mobiliser des financements européens au service de formations ou de programmes à destination notamment de l’Afrique, mais également d’autres pays.

De même, conjointement sur RFI et France 24, des fonds européens obtenus sur concours nous ont permis de financer une émission hebdomadaire à Bruxelles. C’est d’ailleurs un aspect très « vendeur » auprès de nos diffuseurs.

Il y a à l’étranger une forte attente de la France. L’attente d’un point de vue français sur l’information est d’autant plus forte que cette information est différenciée des pays anglo-saxons et arabes. Les auditeurs et téléspectateurs veulent pouvoir comparer les informations dont ils disposent, comparer les angles et les points de vue.

A ce sujet, les talents sont nombreux et très variés à RFI. Il est inexact de dire qu’il y a eu un raz de marée de départs ! Il y avait, uniquement à Paris, 1 170 salariés en équivalent temps plein plus environ 600 pigistes sur le terrain à l’étranger, qui sont d’ailleurs un atout extraordinaire pour RFI.

Demain, c’est le pari que nous faisons, c’est toute une génération qui va pouvoir exprimer ses envies, évoluer en termes de carrière, de manière plus flexible. Concomitamment, nous encourageons et formons les salariés pour qu’ils s’approprient l’ensemble des nouvelles technologies. Ces technologies offrent la possibilité de démultiplier les canaux de diffusion.

L’évolution de RFI, quel que soit son prestige, est indispensable. On ne peut maintenir une radio identique à celle qui existait il y a vingt ans ! Aucun média ne résiste à ce genre de glaciation.

Les négociations avec les syndicats partenaires se sont déroulées sur cette base, d’autant que les personnes qui sont parties ont voulu partir parce qu’elles avaient d’autres projets de vie. Aucun salarié de RFI n’est parti « dans la nature », qu’il soit journaliste ou technicien. Ces départs volontaires concernent, rappelons-le, très peu de salariés puisqu’il restera à RFI plus de 1 000 salariés en équivalent temps plein, personnels qui pourront exprimer, mieux qu’ils ne le pouvaient sous l’effet du nombre, leur talent.

S’agissant de la liberté éditoriale, il s’agit d’un acquis de longue date, qui fut long à obtenir, tant en France qu’en Europe. En Afrique, le contenu de cette information, notamment s’agissant des régimes en place, est tout à l’honneur de cette conception démocratique de l’information. Certes, elle ne satisfait pas forcément tout le monde, et si les intérêts des expatriés français sur place doivent être pris en compte, l’information ne peut pas consister à se placer uniquement de leur point de vue. Il convient de maintenir nos valeurs et non de les adapter aux considérations de terrain.

M. Alain de Pouzilhac. S’agissant de TV5 Monde, j’apporterai quelques précisions. Je suis un ardent défenseur de cette chaîne. La chaîne – et sa nouvelle directrice générale Marie-Christine Saragosse y est pour beaucoup, comme avant elle M. Serge Adda – effectue un travail remarquable de diffusion de la francophonie, ainsi que de la langue et de la culture françaises. Marie-Christine Saragosse travaille à transformer TV5 en un média global. Le travail est gigantesque et nous devons aider le plus possible les équipes de TV5.

Les deux principales entrées vers TV5 Monde sont la météo et l’apprentissage du français. Il s’agit d’un élément essentiel d’attraction de nouveaux internautes vers le site. S’il y a un problème s’agissant de la météo, nous allons le résoudre, d’autant plus que le site de TV5 sert de modèle pour le développement des autres sites météo de l’audiovisuel extérieur.

S’agissant des ressources propres, contrairement à ce que j’ai entendu, la publicité sur RFI n’est pas en croissance, elle ne l’a jamais été. Elle apporte 1,2 million d’euros de ressources cette année. Alors que les ressources propres de la Deutsche Welle approchent 22 % de son budget de 330 millions d’euros, pourquoi l’audiovisuel extérieur de la France n’arrive-t-il qu’à 2 % ? Serions-nous dix fois moins performants que les Allemands ? De même, les ressources propres de BBC World News atteignent, je vous le rappelle, plus de 70 millions d’euros. Nous ne pouvons nous en satisfaire et devons donc développer nos ressources propres. C’est une nécessité absolue car cela nous permettra de disposer de ressources supplémentaires pour nous adapter aux nouvelles technologies.

Cette adaptation est indispensable et décidera de notre avenir. Il existe aujourd’hui quatre milliards de téléphones mobiles et Internet prend chaque jour de plus en plus de place au sein des médias. Notre expérience africaine le montre, le téléphone portable peut être un vecteur de développement : 235 000 SMS ont été envoyés pour informer les porteurs de téléphone portable de la diffusion du Journal de l’Afrique de RFI depuis la Côte d’ivoire, 175 000 jeunes Ivoiriens ont écouté ce journal le soir même depuis leur téléphone ! Le constat est le même en Tanzanie.

Le grand enjeu de demain, ce sont clairement les nouvelles technologies et nos concurrents le savent bien. Ainsi, Voice of America utilise également le téléphone portable comme vecteur d’information : à Téhéran, 2,3 millions d’Iraniens abonnés reçoivent des SMS quatre fois par jour car c’est le seul vecteur de diffusion de l’information qui ne peut être censuré. Pour développer ce type d’actions, il faut des ressources propres, tant publicitaires que liées à des produits dérivés.

S’agissant d’Euronews, je ne dirais pas qu’il s’agit d’un concurrent de France 24, CNN ou BBC. En effet, Euronews diffuse des images de presse traduites dans différentes langues, alors que France 24 développe les valeurs de la France, et de l’Europe. L’osmose n’est pas possible.

Concernant la régie de l’audiovisuel extérieur de la France, nous n’avons pas l’intention de travailler avec France Télévisions Publicité. Nous allons développer une régie interne qui travaillera pour l’ensemble des chaînes et radios de l’AEF.

Le sous-titrage en langue étrangère des chaînes d’information qui travaillent, comme nous, en direct, est impossible en l’état actuel des technologies. Google expérimente ce type de traduction simultanée, pour le moment, sans grand succès.

Je suis d’accord avec Christine Ockrent, il n’y a pas de catastrophe à RFI. La catastrophe, c’est bien plutôt de passer de 44 millions d’auditeurs à 35 millions, c’est également que 85 % de notre influence se résume à l’Afrique, alors qu’auparavant nous étions à 50 % – cela veut dire que nous perdons pied ailleurs. La baisse de notre part de marché dans toutes les langues est également une catastrophe. Nous avons essayé de passer par un plan de départs volontaires, qui fonctionne d’ailleurs bien. Il n’y a eu aucun départ contraint. Il n’y a aujourd’hui plus de déficit et nous allons pouvoir de nouveau investir.

S’agissant des ondes courtes, elles sont indispensables dans certaines parties du monde, vous avez raison. Ainsi, nous sommes encore autour de 23 % d’ondes courtes dans trois pays d’Afrique, le Niger, le Nigeria et la Tanzanie. Les autres sont tombés entre 1 et 3 %.

Mme Christine Ockrent. Je reviens sur Internet puisque vous nous interpelliez sur notre manque d’ambition en termes d’audience. Au contraire, notre ambition est immense sur ce média qui est un vecteur de développement, en particulier pour France 24.

Cette jeune chaîne s’est développée concomitamment sur l’ensemble des médias et a été la première à être diffusée en direct sur l’iPhone. 800 000 personnes regardent France 24 par ce biais. Nous sommes également présents sur Mobiclip et d’autres applications de téléphonie mobile de pointe. Dans les régions du monde où nous ne sommes diffusés ni par câble ni par satellite, c’est via Internet que nous développons notre audience. Ainsi, 42 % de l’audience de France 24 sur Internet provient d’Amérique du Nord. Nous développons donc cette politique car on ne peut plus envisager l’univers télévisuel de manière classique. Il faut également englober les réseaux sociaux et tous les modes de diffusion. Ainsi, sur Facebook, France 24 a couvert la Coupe d’Afrique des Nations et l’application a reçu plus de visites que le site Internet « classique ».

Le développement de ce type de programmes, répondant à de nouvelles formes de consommation, conditionne notre dynamisme. De même, les sites de RFI, notamment dans les langues prioritaires que sont le russe, le farsi, le vietnamien et le mandarin, connaissent une expansion tout à fait intéressante, tout en bénéficiant de l’apport de vidéos de France 24.

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