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Message publié le 06/17/2010 à 08:31:48
Intervention dans l'hémicycle contre la suppression des allocations familiales en cas d'absentéïsme


Après plusieurs échanges avec la Secrétaire d'Etat à la Famille lors du débat sur la Proposition de loi pour la lutte contre l'absentéisme scolaire, le Député est intervenu cette nuit contre ce texte de loi :

"M. Luc Chatel : (...) Ma collègue, Nadine Morano, chargée de la famille et de la solidarité, qui s’exprimera dans un instant, a annoncé le 6 mai dernier que son ministère débloquerait 53 millions d’euros, d’ici à 2012, dans le cadre des réseaux d’écoute, d’appui et d’accompagnement des parents, pour les familles en difficulté face à l’absentéisme de leur enfant.

M. Hervé Féron. Elle en avait déjà annoncé d’autres !"




"Mme Nadine Morano (...) Enfin, le conseil des droits et des devoirs des familles…

M. Hervé Féron. Ne fonctionne pas !

Mme Nadine Morano, secrétaire d’État. Si, monsieur le député. Je vous invite à aller à Dugny vous en rendre compte par vous-même.

M. Hervé Féron. Je ne vous ai pas attendue pour y aller !

Mme Nadine Morano, secrétaire d’État. Ce dispositif a été créé dans le cadre de la loi sur la prévention de la délinquance. Actuellement, on dénombre 36 conseils des droits et des devoirs des familles, et je vous suggère d’en créer à Tomblaine, monsieur Féron.

M. Marcel Rogemont. Ça sent l’attaque personnelle !

Mme Nadine Morano, secrétaire d’État. Le maire est au cœur de ce dispositif. Qui, en effet, est mieux placé que le maire et son équipe municipale pour repérer les familles les plus en difficulté ? Celles-ci sont alors accompagnées par l’ensemble des services de l’État – éducation nationale, justice –, les bailleurs sociaux et les services de formation professionnelle. Cet outil pertinent, qui a fait ses preuves, peut permettre de venir à bout de l’absentéisme scolaire.

M. Hervé Féron. Dans ce cas, pourquoi prévoyez-vous de supprimer les allocations familiales ?

M. Patrick Roy. Quel est le rapport avec le sujet de ce soir ?"



"Mme Nadine Morano. Ces actions de soutien à la parentalité seront pilotées par la direction générale de la cohésion sociale, dans le but de mieux coordonner nos efforts.

M. Hervé Féron. Vous devriez créer un défenseur des enfants !"




"Mme la présidente. La parole est à M. Hervé Féron.

M. Hervé Féron. Madame la présidente, monsieur le ministre, madame la secrétaire d’État, monsieur le rapporteur, cette proposition de loi apporte la plus mauvaise réponse qui soit à la question de l’absentéisme scolaire.

La société française parvenait déjà assez mal à lutter contre la reproduction des inégalités sociales à l’école, elle s’apprête aujourd’hui à infliger une double peine aux perdants du système en leur supprimant les allocations familiales.

Face à un grave problème social, il est proposé de stigmatiser, de désigner dans la population, des mauvais parents. Beaucoup d’entre vous sont des élus de proximité, beaucoup d’entre vous savent que, contrairement à l’expression trop souvent utilisée, il y a peu, très peu de parents qui baissent les bras, qui démissionnent, qui se désintéressent. Connaissez-vous beaucoup de parents qui vous diront ne pas souhaiter que leur enfant aille à l’école ?

Enfin, soyons humbles, il est particulièrement difficile d’être parents. Qui dans cette enceinte peut m’assurer qu’il est complètement à l’abri d’un problème comportemental que lui posera, demain, son fils ou son petit fils ?

M. Jean-Paul Lecoq. Exactement !

M. Hervé Féron. Gardons-nous bien de donner des leçons.

Il y a des problèmes sociaux, financiers, culturels, familiaux, qui contribuent à fragiliser l’enfant, à fragiliser la relation parents enfant. Cela s’appelle les accidents de la vie et nul n’est définitivement à l’abri, y compris dans les familles de catégorie socioprofessionnelle aisée.

Donner des leçons à ces parents en difficulté, c’est appuyer sur la tête de ceux qui coulent en prétextant qu’ils nageraient mal.

Sur le fond, j’espère que chacun aura réfléchi à l’idée que ces allocations familiales servent aussi à nourrir ces enfants, bien qu’ils soient en difficulté.

Car l’absentéisme est surtout un symptôme, qui exprime, qui démontre des difficultés, comme une école inadaptée – je vous renvoie aux conclusions du rapport de la chambre des comptes.

Ces parents, plutôt que de les sanctionner et les enfoncer un peu plus dans ce qui est souvent une douleur, plutôt que de les stigmatiser et de rajouter à leurs difficultés en les culpabilisant un peu plus, pourquoi ne pas les aider, les accompagner ?

Certains m’objecteront qu’on le fait déjà, que cela ne marche pas ou qu’ils ne veulent pas le faire. Je crois que c’est parce qu’on n’est pas bon. Travaillons d’abord à proposer une école plus adaptée, plus attractive, où chacun trouve sa place. Proposons un accompagnement parental. Permettons aux parents de venir confier leurs difficultés quand ils le veulent, quand ils le peuvent, auprès des professionnels, enseignants, éducateurs, assistantes sociales, psychologues, médecins. Encore faut-il que les postes existent.

Si le professionnel reçoit les parents sans les stigmatiser, sans les juger a priori, il sera plus facile d’établir un lien en confiance. Si nous donnons à ces professionnels les moyens d’écouter ces parents et de travailler en réseau avec les autres professionnels, il sera aisé d’orienter ces parents vers la personne qui pourra réellement les aider en mobilisant au bon moment les bonnes compétences professionnelles.

Mais toutes les belles images d’Épinal que vous avez évoquées, madame la secrétaire d’État, n’existent pas, ou sont insuffisantes. Je suis là sur des propositions éducatives, solidaires, préventives. Ceux qui ajouteront « angéliques », ceux qui n’y croient pas et qui se gaussent sont sur un choix de société individualiste, compétitif, sélectif.

L’échec général des politiques de « responsabilisation familiale », constaté en France comme à l’étranger, révèle que la capacité des parents à contrôler les conduites de leurs enfants mineurs ne saurait être surestimée. Les actions de prévention précoce auprès des parents, en amont du phénomène et en présence réelle de facteurs de risque, sont plus efficaces. Simples et peu coûteuses, ces actions, sous leurs diverses formes, ne nous sont pas inconnues, mais à l’évidence, elles sont moins spectaculaires.

Car il vous faut faire du spectacle. Le choix du « tout répressif » est donc fait. On voit le Président de la République, par ses annonces, récupérer un électorat réactionnaire après la défaite des élections régionales au détriment des plus fragiles ! Il a lui-même organisé la casse du service public d’éducation, les pertes de personnels d’encadrement dans nos lycées. Et quelle erreur que de lier d’emblée les violences à l’absentéisme scolaire !

Pis encore, alors que ces dispositions existaient déjà, les présidents de conseils généraux, qui ont la légitimité de l’élu du peuple, ont choisi de ne pas les appliquer tant elles sont médiocres. Et ce gouvernement, alors qu’il décentralise vers les conseils généraux la charge de la misère sans compensation, recentralise la sanction en proposant que les inspecteurs d’académie puissent suspendre ces allocations !

Vous êtes dans l’erreur. Il a déjà été démontré que ces sanctions n’étaient pas souhaitables. Il sera démontré qu’elles ne seront pas applicables ! (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.)"

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