Hervé FERON

Après cette cérémonie de remise de la médaille de Chevalier des Arts et des Lettres...

Cela restera un très beau souvenir... Il y avait du sens et de l'émotion. Parmi les amis présents, mais aussi les amis qui n'avaient pas pu être là, certains m'ont dit qu'ils aimeraient ré-entendre la chanson enregistrée par Hugo F., avec la complicité de Jean-Michel Vaicle au Studio Du Puits. Chanson écrite par Hugo pour la circonstance. C'était une surprise, mais quelle secousse que de découvrir en direct (et en public) une telle chanson, un tel message, de la part de mon fils et de mon vieux copain ! La voici donc...
Et puis, plusieurs personnes m'ont demandé de leur transmettre la fin de mon discours, lorsque je me suis un peu lâché à propos
des mails, des sms et de leur impact sur nos relations aujourd'hui... Voilà donc cet extrait...
Cette médaille n’est pas la marque d’une fin d’histoire, bien au contraire. Aujourd’hui, j’écris de plus en plus et je voudrais
terminer mon propos en m’expliquant auprès de vous à ce sujet…
Avant que de se demander pour qui on écrit, ou même comment on écrit, il faut se poser la question : « pourquoi écrire ? »
J’écris parce que j’éprouve un plaisir intense à choisir les mots, à mieux les connaitre, à les reconnaitre, à triturer les phrases
qui organisent ainsi les mots et leur donnent la justesse et la force… J’aime à tordre, malaxer, torturer ces phrases jusqu’à ce
qu’elles déchirent la banalité du propos usuel, puis à les ciseler, en recherche d’un hypothétique esthétisme.
Je commence à écrire un livre, comme si j’esquissais une lettre à l’intention de quelqu’un de précis, donc de précieux.
Les relations épistolaires ont été supplantées aujourd’hui par les mails rébarbatifs, aux formules tristes et convenues. Un e-mail
ne porte pas l’émotion, ne permet pas la relation, car il sera trop vite classé dans les messages déjà lus et il sera ainsi perdu. Il aura juste servi à participer à la pollution numérique, engendrée par les nouvelles technologies et qui étouffe le monde prétendu moderne :
les émissions de gaz à effet de serre, la pollution chimique, l’érosion de la biodiversité, à quoi s’ajoute la production de déchets électroniques.
Parce que l’e-mail apparaitra parmi des centaines d’autres e-mails reçus et envoyés, il n’en restera que la banalité, puis l’oubli.
L’e-mail devient alors un « tue-l’amour », il ronge de l’intérieur l’humain comme l’intelligence par l’inconsistance, la fragilité, jusqu’à l’obscurité. Il prête à confusion, quand il ignore raffinement et délicatesse, par manque de temps. L’e-mail est fade, inodore et incolore.
Parce qu’il ne nécessite aucun effort à la rédaction, comme à la lecture, ni sur le choix des mots, ni sur la tonalité qu’on leur donne, quand on sait, comme une fatalité, qu’ils ne seront lus que trop vite et qu’ils ne feront jamais vibrer la personne à qui l’on s’adresse.
L’e-mail n’a pas remplacé la lettre manuscrite, tout au plus a-t-il remplacé le crayon, c’est-à-dire qu’il est l’outil pour écrire et transmettre plus vite. En absence de « raison », il fallait un prétexte : plus pratique ? Plus efficace ? Plus rentable ? Mais la vitesse d’exécution n’a jamais permis la qualité, la préciosité, la vibration de l’échange épistolaire…
Quant au sms ! L‘émoticône est une bien triste représentation du sentiment ! On fait des fautes d’orthographe, qui génèrent des fautes
de syntaxe, qui produisent des non-sens ou des absences de sens. Ce qui peut paraitre avoir été un jeu au début est devenu un mode de relation et voilà comment on abrutit le peuple. Sans compter l’arthrose évolutive des pouces, que l’on finira bien par constater un jour comme une dégénérescence sociétale irréversible ! Le dictionnaire définit la rhizarthrose, comme un type d’arthrose, due à des gestes répétitifs, qui affecte l’articulation de la base du pouce, entre le premier métacarpien et le trapèze. Le cartilage s’use alors et laisse deux
os dénudés frotter l’un contre l’autre. Le frottement est la cause d’une douleur qui peut être importante…
Les maux ont donc, par le truchement du sms, remplacé les mots… (mdr !)
Alors que, autres temps, autres mœurs, les poètes du XIXème siècle, de Baudelaire à Verlaine, les peintres de Toulouse-Lautrec à Modigliani, avant que de se saisir de leur plume ou de leur pinceau, trouvaient, eux, l’inspiration dans l’absynthe. A cette époque, on savait vivre ! Alfred de Musset écrivait « Salut, verte liqueur (,…) tu m’as donné l’ivresse et l’oubli de mes maux ! »
Non seulement, on écrivait à la main en prenant le temps, mais on n’avait même pas mal au pouce ! (lol)
Encore merci à tous, j’espère que nous porterons encore ensemble et longtemps de nombreux beaux projets, dont les ingrédients pour que la recette soit savoureuse et délectable, sont humanisme, solidarité, créativité, esthétisme.
« Car de longs et pénibles travaux seront encore nécessaires avant que notre tâche soit achevée ».

 

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