Actualité

Mon intervention lors de la remise de la Marianne d'Or.

Monsieur le Préfet,

Monsieur le Président du Conseil Départemental,
Monsieur le Secrétaire général et fondateur avec le Président Edgar
Faure du Concours de la Marianne d'Or, Alain Trampoglieri,
Mesdames, Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs en vos grades et qualités,
Chers amis.
C'est un plaisir, ainsi qu'une fierté que je vous propose de partager en 
ce moment que nous
 allons vivre, et je vous remercie pour votre présence.

Il s'agit d'une Marianne, symbole de la République, une Marianne d'Or. 
A la Mairie de Tomblaine, nous disposons déjà d'une
 très belle Marianne, 
une oeuvre d'art réalisée par l'artiste
 Sandor Kiss, mais elle n'était pas 
transportable... 
A Paris, dans les
 fameux salons de chez Drouant, le surlendemain de la 
proclamation
 du Goncourt, on nous avait mis dans les mains une Marianne 
factice pour
 la photo... Et bien aujourd'hui, comme l'évènement est à
savourer, Brigitte Mion Conseillère Municipale et Martine Poinsignon ont
confectionné une Marianne inédite, mais savoureuse ! (Deux superbes
gateaux représentant la Marianne sont alors apportés)

Cette Marianne m'est attribuée au titre "du service public de proximité
et de la cohésion sociale". C'est surtout pour cette raison que j'en
suis fier. Parce que je trouve que pour un élu, le plus beau des
mandats, c'est celui de Maire, et lorsque j'étais député, j'ai souvent
entendu mes collègues à l'Assemblée le dire aussi. Mais c'est surtout
parce qu'en évoquant le"service public de proximité et la cohésion
sociale", il me semble qu'on a ainsi parfaitement résumé la fonction de
Maire. Il y a tout dans ces quelques mots : les Valeurs de la
République :  Liberté, Egalité, Fraternité. Ce pour quoi, je me suis un
jour engagé en politique.

Nous sommes ici Monsieur le Préfet à l'Espace Jean Jaurès, ancienne
usine Bouyer, où on fabriquait des motoculteurs qui étaient distribués dans
toute l'Europe. En 1993, cette friche industrielle devenait ce lieu
socio-culturel et sportif, ainsi requalifié dans le cadre du DSQ Développement
Social de Quartier. Il était alors inauguré par Monsieur le Préfet Erignac et
par Job Durupt, Maire de Tomblaine, qui nous a quittés il y a un an et qui a
été un grand défenseur de ces valeurs de la République.

Notre ville avait une image de ville marginale et délinquante, et on ne voulait
pas venir habiter à Tomblaine. Aujourd'hui, nous avons complètement changé cette
image, mais nous avons aussi amélioré les conditions de vie des habitants par un
projet de développement, dans lequel nous avons voulu croiser en cohérence toutes
les politiques publiques.
Nous avons toujours une population très jeune (un habitant sur trois a moins de
18 ans), mais nous n'avons plus particulièrement de délinquance. Pour cela,
nous avons concentré toutes nos priorités sur l'Ecole, la Culture, le Sport, le
lien social.
Ces évolutions sont perceptibles dans la vie de tous les jours, mais elles sont
aussi quantifiables... Les chiffres de l'INSEE nous indiquent une augmentation de
la population de 10,13% en cinq ans de 2010 à 2015. Nous comptions donc fin 2015
8729 habitants ! En un an, en 2015, c'est plus 11% d'entreprises que constate
l'INSEE, avec 329 entreprises recensées sur Tomblaine et bien sûr de nombreux
emplois créés.

Cette réussite n'est pas vraiment reconnue ou relayée par la presse localement, et 
nous recevons
 donc cette Marianne d'Or, comme une juste reconnaissance nationale. 
Mais, la population de Tomblaine reste majoritairement pauvre, et plus que jamais le 
Service Public garantit la qualité de vie, l'égalité, la solidarité.

Rien n'a été simple et rien n'est simple aujourd'hui, dans une intercommunalité
qui n'a jamais favorisé ce développement que nous avons voulu. Vous devez savoir
qu'aujourd'hui la Métropole du Grand Nancy s'est assurée de la maitrise foncière
des deux tiers de notre commune via l'EPFL, la SOLOREM ou encore ses propriétés
privées. Et elle nous bloque, elle empêche  de nombreux projets communaux.

Il nous faut remercier l'Etat qui a toujours été à nos côtés pour accompagner ce
développement, à toutes les étapes.Et je remercie aussi le Conseil Départemental
partenaire de toujours, également précieux.

Le Projet de Rénovation Urbaine a été une extraordinaire opportunité, et à Tomblaine 
ce Projet a été réussi. Dans cette dynamique, nous avons engagé un énorme

travail de rénovation de l'habitat tant sur le parc locatif social que sur le parc
d'habitat privé et cela sur toute la Commune. Des démolitions, constructions neuves,
des rénovations, des réhabilitations,... Il me faut remercier aussi l'ensemble des
bailleurs sociaux partenaires et plus particulièrement mmH pour le PRU.

Dans le cadre de ce PRU, nous avons démoli une école obsolète et reconstruit l'Ecole
Elisabeth et Robert Badinter, inaugurée par Madame la Ministre Najat Valaud Belkacem
et Elisabeth Badinter. Najat Valaud Belkacem avait qualifié cette nouvelle école d'une des
plus belles de France.
L'Espace Jean Jaurès a été également rénové et agrandi, avec entre autres une des
plus belles salles de gymnastique de la région. Ce sont en moyenne 1800 personnes qui
passent chaque semaine dans cet Espace de vie.

L'Ecole est une priorité et Tomblaine est fière d'avoir été la première ville de
Meurthe et Moselle dont toutes les écoles sont des écoles numériques, avec un TBI dans
chaque classe et des classes mobiles numériques qui permettent aux enseignants de
travailler en réseaux  avec tout un groupe d'enfants...
Par l'école et par le tissu associatif très dense, le sport pour tous, mais aussi la
performance de nos clubs sportifs, la Culture et l'Education Populaire sont ancrés dans
le quotidien des Tomblainois.

La Culture, c'est bien sûr cette bibliothèque (une famille sur deux à Tomblaine est
adhérente à la Bibliothèque...), c'est le théâtre de la Source et le théâtre en Kit
en résidence permanente, c'est l'association Artout'Show qui expose tout ce week-end,
c'est bien sûr les RTT, Rencontres Théâtrales de Tomblaine, festival "Aux Actes Citoyens",
populaire et participatif, plus importante manifestation théâtrale de la Région Grand Est.
Savez-vous que lors de ces 5 dernières années, nous avons reçu la visite des trois Ministres
de la culture... Quelle reconnaissance pour notre petite ville de Tomblaine et pour ce beau 
festival !
Mais la Culture, c'est aussi cette Place des Arts. Dans une ville dynamitée par les allemands
à la fin de la guerre, nous n'avions aucun patrimoine architectural. Nous avons reconstitué un
Espace Public avec un geste architectural global empreint de modernité : L'Ecole Badinter,
la Maison de Santé Pluriprofessionnelle, la nouvelle façade de l'espace Jean Jaurès.

Au milieu de cette Place, une placette de 100m² a été réalisée avec les anciens pavés de
la Place Stanislas, c'est ainsi un peu du siècle des Lumières qui est venu s'enraciner en
banlieue ! Nous avons mis  l'Art et la Culture au milieu du village ! Cette Place des Arts offre 
à l'appropriation collective des oeuvres d'art contemporain de Philippe Hiquily
 dont les oeuvres 
sont exposées au MOMA à New-York, au Gugenheim, à Shangaï et...à Tomblaine. L
a fresque 
réalisée par les enfants des écoles représentant Voltaire et Emilie Du Chatelet. Les Meneuses 
d'art de Véronique Didierlaurent, jusqu'à l'oeuvre la plus récente  "La Girafe"
 de l'Artiste Jean NO.

La santé a été aussi une priorité, nous étions de fait, en situation de désert médical. Et, alors que
beaucoup nous voyaient courir à l'échec, nous avons conduit un ambitieux projet avec les
professionnels de santé. La Ville de Tomblaine en Maitrise d'ouvrage a ainsi réalisé une Maison
Pluriprofessionnelle de Santé, dans laquelle on trouve aujourd'hui 30 professionnels de santé et
un laboratoire d'analyse médicale.


Le dernier point que je souhaite développer et qui nous a valu cette Marianne d'Or c'est notre
volonté de croiser la nature et la ville. Depuis des décennies nous vivions la rivière comme une
contrainte, jusqu'à la grande crue de 1983. La ville se tourne progressivement vers la Meurthe,
aujourd'hui mieux maitrisée pour la vivre désormais comme un atout. Nous avons réussi, non sans
mal, à faire classer en Espace Naturel Sensible les deux iles du Foulon et de l'Encensoir. Ce site
exceptionnel à Tomblaine est une chance, un véritable poumon vert de 17Ha dans l'agglomération.
Dans un très efficace partenariat avec l'Etat, VNF, la Métropole du Grand Nancy et le Conseil
Départemental, nous avons d'abord acquis le foncier pour protéger, préserver et faire découvrir
les milieux naturels, la faune, la flore. Il s'agit de valoriser et faire découvrir l'histoire du site,
préserver sa qualité et sa tranquillité, et de mettre en place des actions de sensibilisation de la
population et de découvertes pédagogiques. 
 
Dans la continuité des Iles de l'Encensoir et du Foulon sur la Meurthe, Tomblaine se réapproprie 
progressivement la nature dans la ville avec des coulées vertes, la Maison Pluriprofessionnelle de 
Santé végétalisée sur la toiture comme sur ses façades extérieures, le Bois la Dame, le Parc Georges 
Brassens dans le nouveau quartier (ZAC) contribueront aussi à cette démarche résolument écologique.

Tout ce que j'ai énumèré contribue à créer du lien, à proposer l'intelligence partagée, à éduquer

et inciter à l'engagement de chacun à la citoyenneté active.

Voilà pourquoi, nous sommes réunis aujourd'hui, je remercie tous les acteurs de cette réussite. Et
bien sûr, je considère que cette Marianne nous la méritons tous ensemble, l'ensemble de notre
Conseil Municipal, l'ensemble des employés municipaux et de nos chefs de service. C'est pourquoi, 
je propose aux élus de Tomblaine présents, ainsi qu'à Rachel Cointin Directrice Générale des Services 
de nous rejoindre. Merci à Alain Trampoglieri de nous avoir remarqués !
Merci à tous.

50ème anniversaire de Mai 68

Je vous propose la contribution d'Henri Weber publiée par "l'express" ainsi que les "18 thèses" sur mai 68 qui figurent en annexe de son prochain livre "Rebelle jeunesse" à paraître chez Laffont le 3 Mai prochain.

On prend conscience des extraordinaires évolutions de la société en mai 68 tout comme ce fut le cas lors du Front Populaire de 1936 ou du gouvernement de 1945 issu du Conseil National de la Résistance. Cela donne à réfléchir... Quand est-ce qu'on recommence ? 

 

EXPRESS YOURSELF

Mai-68: pourquoi la France en garde une bonne image

L’Express

Par Henri Weber, publié le 09/03/2018 à 16:53

Il en fut l'un des animateurs: l'ex-sénateur socialiste Henri Weber

écrit à L'Express pourquoi il juge que la France se souvient avec

nostalgie des "événements" de mai 1968.

 

Le mouvement de mai 68 a été international, mais il n'y a qu'en France qu'il

donne lieu à des commémorations décennales de grand style. Nulle part ailleurs

on ne constate une telle débauche de livres, de films, de débats audiovisuels, de

colloques et d'éditions spéciales.

La bonne image que conservent les "événements", malgré des campagnes de

dénigrements de moins en moins subtiles orchestrées par les droites, tient à au 

moins trois raisons.

Tout d'abord, dans la mémoire collective des Français, Mai 68 est associé à un

grand moment de conquêtes démocratiques et sociales. La "contestation" s'est

attaquée à toute les formes autoritaires d'exercice du pouvoir: à l'Université, mais

aussi dans la famille, le couple, l'entreprise, la Cité. Elle s'en est pris à toutes les

formes de discriminations: entre les classes sociales, les genres, les "races", les

préférences sexuelles, les cultures régionales.

Dans la France de l'après-Mai, on imposait moins, on discutait et on négociait

davantage. Les individus ont gagné en autonomie et en libertés.

"La révolution hédoniste"

Sur le plan social, le salaire minimum, qui concernait alors 16% des travailleurs, a

augmenté de 35% d'un coup, le salaire moyen de 10%. Les droits syndicaux ont

été reconnus dans l'entreprise et toute une série de négociations

interprofessionnelles nationales ont été programmées qui ont abouti à de grandes

avancées sociales: du droit à la formation professionnelle pour adultes, en 1969,

à l'indemnisation totale du chômage en 1975, en passant par la mensualisation

des salaires ouvriers et l'institution du salaire minimum de croissance (Smic).

Sur le plan "sociétal", l'homosexualité et l'interruption volontaire de grossesse

(IVG) ont cessé d'être des crimes durement réprimés par la loi. Les femmes ont

obtenu l'autorité parentale conjointe sur leurs enfants et le droit d'ouvrir un

compte en banque sans l'autorisation de leur mari. La marche vers la parité et

l'égalisation des salaires à commencé sa (lente) courbe ascendante. La

révolution hédoniste est venue couronner la progression démocratique.

EN IMAGES >> 1968-2018: la France devient moderne

En second lieu, aux yeux de la grande opinion, Mai 68 "ça s'est bien terminé". Le

gauchisme français n'a pas sombré dans la lutte armée, contrairement à ce qui

s'est produit en Italie, en Allemagne, au Japon, aux Etats-Unis. La "fête juvénile"

n'a pas débouché sur les "années de plomb". Les groupes maoïstes qui

préconisaient la "Nouvelles Résistance" ont eu la sagesse de s'arrêter au bord du

gouffre et le courage de s'auto-dissoudre, en 1973. Malgré six semaine

d'affrontements violents entre manifestants et forces de l'ordre, on n'a eu à

déplorer que cinq morts, dont deux par accidents.

Les soixante-huitards qui sont restés en politique sont passés de la Révolution à

la Réforme, ce qui pour l'immense majorité des Français constitue plutôt un

progrès. Ils ont cherché à obtenir par l'action associative, syndicale, électorale, ce

qu'ils n'avaient pu obtenir par la grève générale et les manifestations violentes.

Par vagues successives, beaucoup d'entre eux ont rejoint les partis de l'Union de

la Gauche: PS, Verts, plus rarement PCF... La victoire de la gauche en 1981,

après vingt trois ans d'opposition, leur est apparue comme un effet différé de la

"Révolution de Mai".

"Collectivement fière"

La troisième raison de cet engouement du peuple de gauche pour Mai 68, c'est

que cet événement a été vécu par beaucoup comme un moment de grâce, qui

laissait entrevoir ce que serait une société fraternelle. Il n'y a qu'en France que le

soulèvement de la jeunesse a déclenché une grève générale de six semaines,

avec occupation d'usines et début de coordination des comités de grève. La vie

ordinaire, routinière, insipide - "métro, boulot, dodo" -, s'est totalement arrêtée.

Plus de transports, de courrier, de production.

Les rapports sociaux habituels, hiérarchiques, conflictuels, aliénants, ont été

suspendus. D'autres, plus généreux, plus chaleureux, plus fraternels, s'y sont

substitués. Tout le monde parlait à tout le monde et la poésie fleurissait sur les

murs. Dans les entreprises et les universités occupées, dans les manifestations

et les assemblées générales quotidiennes, les Français ont "vécu sans temps

morts", une vie intense, riche et exaltante, dont ils ont gardé et transmis le

souvenir.

Au-delà des revendications politiques et sociales, c'est ce désir d'une autre

civilisation, moins productiviste, moins mercantile, plus soucieuse de la dignité et

de l'accomplissement de chacun, qu'ils ont exprimés.

"La France n'est grande que lorsqu'elle incarne une cause universelle", disait le

général de Gaulle. En Mai 68, la France s'est sentie grande et fidèle à elle même,

à sa mission émancipatrice.

Elle a brillé de tous ses feux dans le concert des nations et a éprouvé le

sentiment de faire à nouveau l'Histoire. Et c'est de cela qu'elle reste

collectivement fière aujourd'hui.

Henri Weber est ancien sénateur et député européen socialiste et auteur de Faut-

il liquider Mai 68? Essai d'interprétation des événements. Seuil, Paris, 2008.

 

 

 

 

 

Il y a 50 ans, Mai 68

 

 

 

   

Mai 68 n’est pas un événement franco-français, comme la Commune de Paris ou l’ affaire Dreyfus, mais un mouvement international. Il surgit en Californie et au Japon, au début des années 1960, connaît son point culminant en 1968, en France et en Italie, et produit ses « répliques » dans quarante deux pays jusqu’au milieu des années soixante-dix.

Sa force motrice n’est pas une classe sociale - classe ouvrière ou nouvelle classe  moyenne salariée -, mais une classe d'âge : les adolescents et post-adolescents du baby boom. Il n’y a qu’en France que le soulèvement de la jeunesse scolarisée précipite une grève générale ouvrière et provoque une crise politique majeure.

 Comme tout grand mouvement social, mobilisant pendant des mois et des années des millions de personnes de toutes origines, la « Révolution » de Mai 68 fut composite et hétérogène. Elle s’est exprimée dans un langage et un folklore marxiste, familier à tous il y a cinquante ans, mais qui lui confère aujourd’hui un parfum d’étrangeté.

 On ne peut pas la réduire à sa composante ultra-radicalisée, les groupuscules gauchistes : maoïstes, trotskistes, anarchistes, spontanéistes. Il ne faut pas confondre l’écume des vagues avec la profondeur de la mer.

 On ne peut pas comprendre l’ampleur et l’intensité du soulèvement de la jeunesse, tout au long des années1960-1970, si l’on n’a pas en tête ce qu’étaient alors  les rapports entre parents et enfants, maîtres et élèves, patrons et salariés, étudiants et professeurs, hommes et femmes, gouvernants et gouvernés. Au cours des années 1950-1960, la France s’était beaucoup modernisée sur les plans techniques et économiques. Mais au niveau des moeurs et des rapports d’autorité, elle était restée profondément marquée par son passé catholique et rural. La radicalisation de la jeunesse des écoles est le fruit de cette contradiction que son soulèvement a permis de dénouer. Sa politisation est le fruit de sa révolte contre les guerres coloniales que menaient les puissances impérialistes occidentales – guerre d’Algérie, guerre du Vietnam … - ; et de la crise du communisme, après la dénonciation des crimes de Staline, en 1956, par Nikita Khrouchtchev.

  Dans son courant principal, Mai 68 fut un grand mouvement démocratique et libéral (au sens politique et culturel du terme) ; hédoniste et communautaire, et dans sa composante la plus politisée, romantique et messianique :

Comme mouvement démocratique, Mai 68 s’est attaqué à toutes les formes de discrimination - entre les classes sociales, les genres, les « races », les religions, les préférences sexuelles…-  au nom de l’idéal  d’Egalité.

Comme mouvement libéral il s’est  dressé contre toutes les formes autoritaires d’exercice du pouvoir - à l’école, à l’université, dans la famille, dans le couple, dans l’entreprise, dans la Cité.

Comme mouvement hédoniste et communautaire il s’est insurgé contre le puritanisme répressif de sociétés encore profondément marquées par la morale traditionnelle; mais aussi contre la solitude de masse engendrée par l’urbanisation accélérée et la généralisation des rapports marchands.

Comme mouvement romantique et messianique il s’élevait contre l’aliénation des individus engendrée par la société d’exploitation et de consommation de masse – « métro, boulot, télé, dodo, y’en a marre ! » -  au nom de « la vraie vie », intense, fraternelle, épanouissante, saturée de sens.

 

 

 Le bilan de Mai 68 est largement positif. Fruit de la plus grande grève générale de l’Histoire de France, il consiste tout d’abord dans un ensemble de conquêtes sociales qui ont transformé la condition ouvrière dans notre pays: mensualisation des salaires, reconnaissance de la section syndicale d’entreprise, augmentation de 35% du SMIG et de 10% des salaires, création du Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance, accord contractuel sur la formation professionnelle permanente, indemnisation totale du chômage…

Ce bilan comporte simultanément une série de conquêtes juridiques et politiques : dépénalisation de l’homosexualité, liberté de la contraception, légalisation de l’interruption volontaire de grossesse, autorité parentale conjointe des parents sur les enfants, possibilité pour les femmes d’ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de leur mari, droit à l’égalité professionnelle entre homme et femmes: en 1968 seulement 44% des femmes travaillaient contre 85% aujourd’hui. A quoi s’ajoute un début de décaporalisation des médias, la loi Edgar Faure de démocratisation de l’Université, la prise en compte des cultures régionales…


 7) Les droites conservatrices et réactionnaires désignent dans Mai 68 la source de tous nos maux. Ce mouvement nihiliste aurait selon elles sapé l’autorité et la morale, fondements de la vie en commun, au profit de l’individualisme égoïste et narcissique. On lui devrait le naufrage de l’Ecole et de l’Université, la précarisation du couple, la désagrégation de la famille, la démission des parents et des profs devant les enfants-rois, l’anxiété des individus privés de repères, la banalisation de la toxicomanie, l’explosion de la délinquance, la faiblesse de notre croissance…Cette érection des « événements » en bouc émissaire absolu n’a aucun sens. Elle relève d’un procédé polémique bien connu : « consécution = conséquence », ce qui est advenu (en mal) après 1968 à pour cause Mai 68.

8) Dans leur grande majorité, les soixante-huitards n’ont pas rejeté l’autorité mais l’autoritarisme. Ils ne se sont pas élevés contre toutes les formes d’exercice du pouvoir, mais contre ses formes les plus archaïques: le pouvoir patriarcal dans la famille, machiste dans le couple, sexiste dans la société, mandarinal à l’université, patriarcal ou despotique dans l’entreprise, bonapartiste dans la cinquième République. Ils se sont dressés simultanément contre les autoritarismes les plus modernes, les pouvoirs technocratiques et bureaucratiques régissant les grandes organisations. Ils considéraient comme légitimes, en revanche, les pouvoirs fondés sur la compétence ou/et l’élection, c’est-à-dire sur le consentement de ceux qui y sont assujettis.
      

 9) les soixante-huitards ne récusaient pas toute morale, il dénonçaient la morale puritaine, répressive et hypocrite, alors dominante : cette morale qui stigmatisait les relations sexuelles avant et hors mariage, refusait la contraception, réprimait durement l’avortement et  l’homosexualité, interdisait le droit de mourir dans la dignité aux malades incurables et en proie à la souffrance. Ils revendiquaient le droit aux plaisirs, à la jouissance, au bonheur, à la  vie intense. Issu de l’ indignation morale des baby boomers contre les guerres coloniales, avec leur cortège de tortures, de massacres, de racisme, le mouvement de Mai 68 fut au contraire profondément moral. Au sommet de son échelle de valeurs il plaçait la liberté, mais aussi la justice, la solidarité, l’égalité... l’éthique humaniste et républicaine qu'avaient enseignée aux élèves des années soixante les instituteurs de l’Ecole laïque. 


     10) Le mouvement de mai 68 n’était pas nihiliste, il était au contraire utopiste et romantique. Mûs par un formidable optimisme historique, les soixante-huitards rêvaient d’instaurer une société  radicalement nouvelle, un socialisme autogestionnaire qui ouvrirait l’ère de la liberté. Ils voulaient ré-enchanter le monde, les uns par la révolution politique, les autres par la révolution culturelle, beaucoup par la combinaison des deux à la fois. Leur ambition était sans doute chimérique, elle n’était ni médiocre, ni égoïste, ni destructrice.

 

    11)  Le mouvement de mai 68 voulait étendre les droits et les libertés collectives et individuels. En cela, il était individualiste, assurément. Mais son individualisme n’était pas égoïste, et encore moins « narcissique », il ne s’opposait pas au collectif, bien au contraire. La génération de 1968 était convaincue que la conquête des nouveaux droits et libertés ne pouvait se faire que par l’action collective, et que leur préservation et leur développement exigeaient des institutions collectives, une forme d’organisation de la société et de l’Etat. Réagissant contre la solitude de masse, ils aspiraient à la communauté, la fraternité née de l’action, la fusion dans un grand Nous, communiant dans des valeurs partagées et un même « Grand Dessein ».

 

   12) Au passif du mouvement de  Mai 68 je retiendrais sa fascination pour la violence. Les baby boomers sont venus à l’engagement politique par révolte contre la guerre d’Algérie puis du Vietnam, la première répression de masse retransmise quotidiennement à la télévision. Ils sont les contemporains de trois décennies de révolutions  coloniales armées, entraînant la chute des Empires occidentaux. L’idée que la violence des opprimés est légitime et nécessaire leur paraissait évidente. Certains d’entre eux ont mis trop de temps à comprendre que si la lutte armée est légitime contre des dictatures despotiques, elle ne l’est pas contre des démocraties avancées.

 

     13) A son passif également je mettrais la réactivation de la culture révolutionnaire de la gauche française et de son « logiciel marxiste ». En 1966 la gauche socialiste avait commencé son aggiornamento idéologique, au Colloque de Grenoble. Elle se tournait vers les modèles sociaux-démocrates nordiques ou rhénans et leur réformisme assumé. Mai 68 est venu balayer ce renouveau et a ouvert un cycle de radicalisation politique qui ne s’est épuisé qu’au milieu des années 1980. Ce retour de flamme de notre culture d’affrontement a été particulièrement inopportun à une époque où la « troisième révolution industrielle » et la « seconde mondialisation »  imposaient un énorme effort de modernisation économique et sociale de notre pays. La réactivation de l’idéologie de la « lutte de classe » et de la culture du conflit, a considérablement aggravé au contraire les rigidités de la société française et sa résistance au changement. 

 

    14) Des trois moteurs de Mai 1968: la revendication démocratique, l’aspiration hédoniste, l’espérance utopique,  les deux premiers tournent encore à plein régime un demi siècle plus tard et n’ont rien perdu de leur force propulsive. En atteste la récente lame de fond du mouvement des femmes contre le harcèlement sexuel et les inégalités professionnelles. C’est au nom de la défense des valeurs démocratiques que les enfants et les petits enfants des soixante-huitards descendent régulièrement dans la rue, souvent en famille. Et je souhaite bien du plaisir au gouvernement d’ordre moral qui voudrait revenir sur la libéralisation des moeurs.

 

     15) En revanche le troisième moteur a été noyé par l’effondrement de l’utopie la plus ambitieuse et la plus mobilisatrice des deux derniers siècles : le socialisme révolutionnaire, puis le communisme.

 Les enfants des soixante-huitards n’espèrent plus édifier « le meilleur des mondes »  même s’ils ne se résignent pas au désordre existant et sont prêts à s’engager pour un monde meilleur. Mais ils ne disposent plus d’une  représentation de la «  société désirable », alternative crédible à l’ordre établi. C’est pourquoi un « nouveau Mai » est hautement improbable dans un avenir prévisible.

 

    16) Cinquante après, le bilan de Mai 68  apparait  contrasté - comme tout bilan honnête -  mais largement positif. Comme celui du Front populaire de 1936 ou du gouvernement de 1945, issu du Conseil National de la Résistance.  C’est l’une des raisons de son  rayonnement persistant, malgré les campagnes de dénigrement, de moins en moins subtiles, dont il est l’objet.

 

    17)  Une autre raison de la popularité de Mai 68 est qu’en France, le « fête juvénile » n’a pas dégénéré en « années de plomb », comme en Italie, en Allemagne, au Japon. Le gauchisme politique n’a pas sombré dans le terrorisme. Le souvenir du joli mois de mai n’est pas terni comme il le fut ailleurs, par des mutilations et des assassinats impardonnables. 

 

    18) Faut il « liquider 1968 » comme nous y exhortent la droite et l’extrême droite ? Certainement pas, pas plus qu’il ne fallait liquider 1936, 1945, ou 1789. Il faut dépasser Mai 68, tout en le conservant: garder son inspiration et sa ferveur, défendre et approfondir ses acquis ; mais renoncer à la violence comme moyen de transformation de la société et de conquête du pouvoir. Changer la société par la persuasion, les élections, les contrats, la loi, ce qui n’exclut pas, au contraire les mobilisations de masse et, autant que nécessaire, les épreuves de force. Abandonner l’utopie chimérique de la société parfaite, non pas pour tourner le dos à toute utopie, mais pour adhérer à l’utopie réaliste de la « social-écologie » et de l’Europe politique. Faire l’Europe, et de l’Europe la première démocratie économique, écologique, sociale du monde, foyer d’une nouvelle Renaissance, et levier d’une autre mondialisation.

 

C.Jérôme

Dans le journal d'aujourd'hui, on évoque la disparition de C.Jérôme, un 14 mars, il y a 18 ans...
Un jour C.Jérôme mangeait chez moi sur la terrasse et à côté de lui le petit Hugo, 5 ans, (devenu depuis Hugo F chanteur), piquait les glaçons de l'apéro dans le seau à glace, pendant que les grands parlaient musique et refaisaient le monde...

Save the date !

 Vendredi 23 mars à 16h - Espace Jean Jaurès à Tomblaine.


La colère d'Emma Gonzalez, lycéenne rescapée de la tuerie de Floride

 

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